Le Bocal agité  

Une Nouvelle ville , vie …

de Catherine Gil Alcala

Texte écrit en Janvier 2012 dans le cadre de « Bocal agité » (Gare au Théâtre).

1 La ville de l’enfance :

La fantasmagorie :

Il y avait dans la ville un lieu au-delà de la ville dans les paroles hallucinogènes des enfants .
Les villes se corporifiaient , s’enthousiasmaient , frissonnaient dans les terreurs nocturnes , s’évaporaient dans leurs rires , brinquebalaient dans leurs courses !

La pulsion :

Je veux des magasins de bonbons , de manger et de boire ,
un monsieur sur un nuage qui fait du fromage qui neige !
Un mage des orages monstrueux pétant du feu dans les ciels !
Des saucissons dépecés qui tombent d’une espèce de roue qui fait comme ça en tournant des trous !
Des jeux idéaux , pisser dans des piscines !
Commander ! Éructer : NON ! NON ! NON !
Des balançoires de cacas ! Ha ha ha ha ha ha ha ha !!!

L’esprit d’innovation :

J’inventerais en dormant des robots pour faire les corvées , travailler pour nous à l’école ! … Fabriquer des fables pour nous faire rire .
Construirais des cités pavillonnaires impassibles , insonorisées pour les voisins , des centrales mue par l’air célère , clic … clic …
On ne ferait aucun effort superflu sauf pour sucer son pouce et pour l’osmose des moments amusants ! Dans les souterrains , il y aurait un centre commercial avec un four qui dévore le corps des morts avec des flammes en plastique pour les recycler !

L’esthétique :

Il était une fois et il sera pour la deuxième fois des voitures volantes non polluantes vrombissant et vrillant en soufflant vroum , vroum !
Et des trottinettes électriques , des robinetteries éclectiques avec des monstres rigolant dans les baignoires et les lavabos , et à dada sur les bidets !
Des colloques sur les biodynamiques sur les rires innervées , des aires entourées d’espaces verts et d’arbres floraux avec toutes sortes d’oiseaux , des colibris , des perroquets , un lapin , des aigles de mer , des rapaces , des espèces rares de mouettes , des moineaux !
Et des étages de végétations accrochées sur les structures métalliques d’une ancienne école bicentenaire !
Il y aurait des monoprix bercés par des musiques de supermarché aux échos comiques , des troquets pour paresser , des aménagement de jolies pentes alpines , des passages avec des rats , des souris vertes en gélatine , même un ragondin grondant et un croquemitaine soupirant , chuchotant après la dulcinée , des silhouettes amorphes des spectres des moniales la nuit dans les parcs .

2 La ville des pères et des maires

haïr la mer percée :

Le père :

Emmagasinons les cités , les sociétés politiques productivistes en structurations topologiques , en manies systématiques arrivistes !
Instances consuméristes des contribuables : Les êtres bouffent !
Entassons les richesses des êtres , les chairs amalgamées en vertigineuses architectures !

Le chœur :

Un plus un plus un plus un plus un plus un plus un plus un plus un infiniment !

Le père :

Le sang des hommes ingrédient nécessaire du ciment des cathédrales depuis les lustres moyenâgeux formait des contresorts contre les révoltes !
Plutôt que des fenêtres sur cour , des espaces ouverts pour s’évader , barricadons les êtres derrière des meurtrières pour épier l’étrange et couler la chaux vive sur l’ombre !
Ensevelissons l’homme sous l’homme et avilissons la femme par l’homme pour la longévité de notre règne et l’expansion de son pouvoir !
Instituons le dévouement en formant des espoirs des désillusions certaines pour contrer le mal du bonheur illusoire !
Dans les campagnes des lucioles transgéniques dans les songes des sillons , les sojas éclairent nos nuits !

Le chœur :

Nos nuits ne seront plus jamais noires dans l’antre des mères !

La mère percée :

Au secours par la porte ! Par la porte !
Torpeurs après la course , fenêtres pour les défenestrés , pas sages pour les passes , rues ruent …
Advenu mère , mon nouveau-né je ne le laisserai plus sortir de là , enfermé au chaud dans ma plantureuse maison , bien grillagée !
Le père peut me prendre toute entière , me trouer de part en part , moi persécutée , mon enfant il ne me le prendra pas !
Ma terre se referme , l’espace de ma pensée le cloisonne , jamais déliés .

Le chœur :

Le père a pris la mère , l’a enfantée , la mère a pris l’enfant au père ,
étranger dans sa propre maison ,
elle s’est vengée s’instituant cité tentaculaire !

3 L’enfant mort-né marchant sur le bord des villes :

Madame , monsieur ,

Je soussigné , …
en cette posture où je me trouve démuni du lieu de la parole , ânonnant avec lenteur , défait d’affirmation , sans refuge possible …

Stupide , aphasique face à vos simulations , machinations de cartographies absconses , élaborées minutieusement avec « lenteurs stupéfiantes » dans vos tours d’ivoires .

Et moi dans les courants d’air , passeur , traversé , envahi … de quoi ? de tout : « Incantations ! Instance des voies ! »
Et à la fois comme je l’ai déjà dit … démuni … tel l’archétype de Job abandonné de tous et des dieux .

Je souhaite souvent , aspire à abandonner les civilisations , me réfugier dans la densité charnelle d’une grotte .

Sans centre de gravité … sans domicile fixe …

Gravité des désêtres …

Hors sujets …

4 La ville nouvelle , à quoi est-elle vouée ?

Quelqu’un :

Des espaces des matériaux pour penser , rêver , perlaborer, se perdre et se retrouver dans la ville … ou se laisser penser par elle …
C’est « elle » sans oppressions , jouant opérant ses impressions …
Des rencontres , des séparations , des apartés … l’histoire de tout un chacun tragicomique …
On nous laissera , on le dit , faire une ville vivable , c’est dit !
Mais pour quand , pour qui ? Et s’il le faut se battre , comment ?

Mélange des styles , retour de l’ancien s’imbriquant dans les nouvelles aires , ères , des avenues , des ruelles , des lieux pour nous envahir et nous délivrer , des paysages intérieurs , des mousses sur les vestiges des pierres , du bois , des coquelicots , des pourpres et des vertes allées …
Cité lumineuse , confinée tour à tour … Des tours pour lever et baisser la tête , tournebouler , des souterrains , des théâtres , des façades en carton-pâte , des cinémas que l’on se fait …, des commerces petits ou des « pas trop grands » , des appartements « pas trop petits indispensables pour tous » , des pavillons d’exil , des lieux d’écoute , des lieux pour écouter … pour dire , chanter et s’enchanter … des cimetières ou … des fours d’incinérations ?
On l’a entendu , on l’a dit qu’il faudrait cesser d’occulter nos morts , nos fous … pour s’humaniser aussi en osant rencontrer la souffrance … et accepter de se sentir démuni face à elle … , ne pas dire « il faudrait… ».

Et …

Ce n’est pas fini ! À vous de continuer !