|
Coquillage, en écoutant son sang couler dans son corps
Une trame onirique (notes de mise en scène)
A l’origine, j’avais l’envie de travailler sur une trame onirique, sur l’image mentale, de retracer le cheminement en apparence incohérent du rêve, des imaginations, des productions de source inconsciente.
Nous sommes dans le champ de la virtualité. Ce sont des images de l’invisible, toute l’ambiguïté se trouve là car en vue d’un travail sur la scène, comment faire s’étirer le rêve dans le champ de la réalité ducorps ? C’est un langage d’images symboliques. Ces images sont toujours mouvantes, elles naissent du mouvement intérieur de l’inconscient. L’image symbolique est un condensé de plusieurs images. Ces images sont l’expression de l’expérience intime. Elles ont un ancrage dans le corps, liées à des sensations, des instincts. Dans le travail, il faut bien comprendre que le geste ou l’action ne s’enferme pas en lui-même mais a un retentissement ailleurs, ouvre sur un autre espace de jeu, invisible.

Une création, un assemblage en apparence hétéroclite, l’idée de créer à plusieurs, avec des gens hétéroclites, venus d’horizons divers tels que la danse, la musique, le théâtre, le chant, un emboîtement d’images et de sons, un cycle des transformations comme les images en transformation dans les rêves ou les mythes. Un kaléidoscope d’impressions, de sensations, d’images. Une fragmentation irréelle, un phénomène d’associations subjectives. Et ce qui peut sembler contradictoire, phénomène qui porte en lui l’objectivité d’un langage d’images universelles, archétypiques. Ce qui semble fragmenté, recouvre un lien enfoui, comme les strates d’images accumulées témoignant de l’expérience intime.
Le positionnement dans ce travail n’est pas d’illustrer un rêve, ni d’être dans une narration d’un texte préécrit, mais d’être dans une construction empirique à partir de processus de l’imaginaire en analogie avec les processus des rêves. Nous ne recherchons pas à figer une image, à plaquer une forme, mais à ce que l’image surgisse d’une recherche ensemble.
Un chemin à rebours.

Pour cela, nous cherchons à inverser notre rapport au monde, au quotidien, à l’espace-temps, afin de faire émerger le rêve permanent qui se trouve occulté par l’activité quotidienne, car nous vivons toujours entre deux mondes. Finalement, peut-être juste exercer une certaine écoute.
Afin de créer un écho en nous, en tant que matière inspiratrice de ce travail, des textes tels que des poèmes de Henri Michaux, des textes d’Antonin Artaud, des textes mythologiques, Ezéchiel, l’Apocalypse, le Bardo-Thödol. Des textes plus spécifiques, surtout de Carl-Gustav Jung, permettant de guider et de clarifier notre recherche. Des œuvres picturales et littéraires, d’art brut, d’artistes schizophrènes, de Jérôme Bosch, des gravures alchimiques…
Ces créations d’horizons culturels très dispersés dans l’espace et dans le temps, ayant en commun de nous donner une vision inversée du monde, un ordre inversé. Ces créations sont de l’ordre du phénomène visionnaire, elles font écho à notre propre énigme vivante, par le surgissement, la superposition d’images fortement chargées.
Catherine Gil Alcala
Un fleuve étincelant (Ezéchiel)
Je vois, et voici ; le souffle de la tempête vient du Septentrion, une grande nuée, un feu étincelant, avec, autour, une fulguration. En son milieu, comme l’œil d’une coruscation au milieu d’un feu, avec, en son sein, la forme des quatre vivants. Voici leurs visions, une forme d’humain par-ci, quatre faces à l’un, quatre ailes à l’un, pour eux, avec leurs pieds, un pied droit, la plante de leurs pieds comme la plante du pied d’un veau. Ils scintillent comme un œil de bronze poli, des mains d’humain sous leurs ailes, sur leurs quatre quartiers, leurs faces et leurs ailes, pour les quatre, leurs ailes assemblées, la femme vers sa sœur, ils ne virent pas en allant, l’homme au-delà de ses faces, ils vont. Leurs faces ressemblent à des faces d’humain ; des faces de lion vers la droite pour les quatre ; des faces de bœuf à gauche pour les quatre ; et des faces de vautour pour les quatre. Leurs faces et leurs ailes sont séparées par le haut. Pour l’homme, deux sont assemblées sur l’homme et deux couvrent leurs corps. L’homme au-delà de ses faces, ils vont, là où il est au souffle d’aller. Ils vont, et ne virent pas en allant.

|
|