Le Bardo-Thödol

"Tu verras ton bon génie, né simultanément avec toi, compter tes actes bénéfiques avec des cailloux blancs, et simultanément viendra ton mauvais génie qui comptera avec des cailloux noirs tous tes actes nuisibles. Tu éprouveras une grande peur, une angoisse et un dégoût qui te feront trembler et mentir, disant : « Je n'ai rien fait de mal. » Alors (le dieu de la mort) Yama dira : « Je vais consulter le miroir de tes actes » et, regardant le miroir, le bien et le mal apparaîtront clairement et distinctement. Ton mensonge sera absurde ! Alors, Yama attachera une corde à ton cou et te traînera. Il te tranchera la gorge, il t'arrachera le cœur et déchirera tes entrailles, léchant ton cerveau, buvant ton sang, dévorant ta chair, rongeant tes os.

La Maison Brûlée, Catherine Gil Alcala: Le Bardo-Thödol

Mais tu ne peux mourir, quoique haché en morceaux, tu te relèveras encore. Et toujours à nouveau haché en morceaux, tu devras supporter de grandes souffrances, mais ne crains rien lorsque les cailloux blancs seront comptés. N'aie pas peur, ne mens pas, ne crains pas Yama, puisque tu n'es qu'un corps-mental, tu ne peux pas réellement mourir, quoique haché et coupé en morceaux. Comme ta nature en réalité consiste en vacuité, tu n'as rien à craindre.


Car les différents émissaires de la mort sont tes propres projections, tes illusions : leur forme est vide. Quant à toi, ton corps-mental, qui manifeste les actions de tes tendances latentes, est vacuité. La vacuité ne peut nuire à la vacuité. Ce qui n'a aucune caractéristique ne peut nuire à ce qui est dépourvu de toute caractéristique.


En dehors de tes propres illusions, aucun émissaire de la mort, aucun bon ou mauvais génie, aucun ogre à tête de bœuf n'existe venant de l'extérieur. Reconnais-le. Reconnais que tout cela est le bardo. Plonge-toi dans la contemplation du Grand Symbole. Médite. Si tu ne sais pas plonger dans cette méditation, alors cherche quel est celui qui a peur et voit qu'il ne consiste en rien, qu'il n'est que vacuité. On l'appelle le Corps de Vacuité. Mais cette vacuité n'est pas un néant en soi. Elle est en l'occurrence la pensée « J'ai peur » et la connaissance de cette pensée est le Corps de Jouissance qui est lucidité éblouissante. Vacuité et lucidité ne sont pas deux choses séparées. La vacuité est lucidité et la lucidité est vacuité. Maintenant l'indissociabilité de la lucidité et de la vacuité, la connaissance mise à nu, est découverte et demeure dans son état incréé."

Le Bardo-Thödol

La Maison Brûlée • 38 rue Henri-Barbusse 93300 Aubervilliers • contact
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